D'après Tomioka Soichiro

 

Le crayon du silence.

 

Même s'il est élevé par une terre ingrate et culbuté par une météo scélérate, l'arbre continue toujours à se dresser. Fier et humble à la fois, il ne se plaint jamais. L'arbre, c'est le crayon du silence. Un as de la résilience.

Il doit juste trouver assez d'eau pour étancher sa soif et ce qu'il faut d'espace et de lumière pour déployer ses branches. Un peu de substrat entre deux cailloux lui suffit pour prendre racine et pousser à son rythme. Quand ses feuilles se recroquevillent, puis se vrillent et tombent au sol, elles forment des cornets protecteurs pour les insectes avant de se transformer en humus. L'arbre est avant tout un altruiste.

 

La ronde des sorcières- Photo Francis Pierre

Les arbres nous apaisent en toutes circonstances. On peut les enlacer, les caresser, leur parler, car ils nous reçoivent toujours avec calme.

 

L'arbre est avant tout un oracle silencieux

 

On se raccroche à ses branches quand rien ne va plus. L'arbre est une bouée de sauvetage sur l'océan vert de notre désarroi.

 

Il se présente parfois comme un grand gaillard dont l'architecture vivante, graphique et luxuriante, nous subjugue. On en oublie même qu'il est avant tout un oracle silencieux dont les feuilles, qu'elles soient, pointues, dentelées, arrondies, sont les runes de la nature. L'arbre a tant de choses à nous dire qu'il ne sait pas par où commencer. À nous de les deviner.

 

Seule la couronne des arbres qui poussent au sein de la société docile d'une forêt, accède pleinement à la lumière, alors que l'arbre solitaire, lui, se frotte en entier, des racines à la tête, aux rayons de l'astre solaire. Il en est de même pour nous les hommes. La ville nous maintient dans la pénombre anesthésiante de la superficialité.

La forêt est un temple que l'homme a d'abord détruit pour des raisons économiques, mais aussi pour qu'elle ne serve plus de refuge aux Robins et autres asociaux et bêtes féroces.

 

 

L'arbre est un bon samaritain.

 

Il vit volontiers en groupe, mais parfois il vit en anachorète. IL pousse alors dans des endroits improbables, sur des sols pauvres. Mais qu'il paresse près d'un ruisseau ou s'accroche aux cimes ventées, il s'élève et s'enchevêtre toujours dans l'allégresse. Si vivre c'est avant tout d'accepter sa solitude, il n'oublie pourtant pas d'être une escale protectrice. En bon samaritain, il accueille volontiers sous et sur son écorce, insectes et champignons (et même le peu fréquentable chancre) et dans ses branches, oiseaux piailleurs et écureuils acrobates. Cet ami discret est généreux envers nous. Il nous prête son ombre fraîche l'été et nous donne des brassées de petit bois pour les feux d'hiver, et même de belles planches pour l'ultime paquet cadeau dans lequel le croque mort nous emballe. Du berceau au cercueil, il sait mieux que quiconque, être utile.

 

C'est un ami, un véritable ami.

 

"L'homme, comme l'arbre, est un être où des forces confuses viennent se tenir debout " - Gaston Bachelard. L'air et les songes. 

 

 

 

Photo Francis Pierre