Les paysages inouïs d'Éléonore Deshayes

 

 

"Ce que je désire, c'est un coin de moi-même encore inconnu" - Paul Gauguin

 

Ce coin , les paysages inouïs d'Éléonore Deshayes nous le montrent.

il est là, bel et bien là, devant nos yeux, sous la forme d'un paysage étonnant.

Un paysage transcendé par une pointe de naïveté.

 

"la naïveté, qui est la domination du tempérament dans la manière, est un privilège divin" - Baudelaire.

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Des paysages inouïs

nés d'un assemblage fictionnel savant et inspiré.

 

Éléonore Deshayes moissonne des parcelles d'univers

pour construire des épisodes paysagers

qui semblent pourtant exister de toute éternité.

 

Si son art se rattache  par filiation au genre "paysage",

il prend néanmoins sa source bien en amont

du désenchantement du genre,

  provoqué au nom du réalisme

par l'abandon de l'approche rêveuse

au profit des seules lois

qui régissent la perspective.

 

 L'art d'Éléonore Deshayes qui procède

par une vision recomposée et stratigraphique de l'espace,

échappe à l'ankylose de la tridimensionnalité

et à son emboîtement attendu.

Elle évite l'écueil de l'empilement, celui de la méta-peinture,

pour toujours retrouver l'unité première.

 

Son art se situe quelque part entre

celui des Nabis, de David Hocney et Peter Doig.

Il fait la part belle à une allégorie naturelle

qui ne s'encombre pas de visées superfétatoires.

Ses œuvres ont surtout pour ambition de donner à voir.

 

Éléonore Deshayes ignore avant tout les horizons usés et trop balisés du réel.

 

Ses paysages inouïs, nés d'un assemblage fictionnel, savant et inspiré,

nous plongent dans une autre dimension.

Ils sont semblables à l'univers perplexe et poétique de Jorge Luis Borges :

ils proposent à l'esprit de nombreuses pistes spéculatives.

 

Les frères Goncourt disait à propos d'un tableau de Jean-Baptiste Siméon Chardin :

qu'à un certain moment « la peinture se lève » et suscite alors une véritable émotion.

 

On peut dire de la peinture d' Éléonore Deshayes

qu'elle ouvre sur un ailleurs séquencé.

Mais séquencé en moments de grâce.

 

Son art se situe quelque part entre réalisme magique,

réalisme merveilleux et réalisme tout simplement recomposé.

 

Certes, ses paysages sont fabriqués, irréels, inédits ( ils semblent flotter comme des mirages) mais ils sont néanmoins possibles car ils gardent toujours en eux la subtile et indélébile trace d'une douce réminiscence. Ils sont parfois visités par des personnages discrets, comme-ci une petite chose pouvait être la mesure de toute chose.

 

 Elle pratique également avec une grande réussite le dessin. Ses travaux à l'encre sur plaque de polypropylène sont particulièrement remarquables et hypnotiques.

 

Sa peinture parfois ruisselle. Les banderilles juteuses participent alors pleinement à l'encodage initial généré par l'agencement et le décalage des strates. Mais la dimension technique et narrative est presque subsidiaire dans sa peinture, l'offrande d'une régénérescence métaphysique est sûrement sa première raison d'être.

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L'ANALYSE d'une œuvre : "L'influence des châtaigniers" 

L'influence des chataîgniers

Huile et mine de plomb 104x65 cm

Au premier plan de ce tableau, le dessin oscillographique de la chute d'eau irrigue par ses lignes précises la surface du tableau à la manière des grands maîtres japonais de l'estampe. Au loin, on devine la brise qui souffle dans le feuillage d'un groupe de châtaigniers : probablement un vent paraclet. Sur le côté gauche une profusion de feuilles se renfle en une masse sombre et animale.

Ce tableau est une image élégiaque, vibrante et vivante, une ode à la nature comme chez Rainer Maria Rilke :


Or, un arbre monta,  pur élan, de lui-même.
Orphée chante ! Quel arbre dans l’oreille !
Et tout se tut. Mais ce silence était
lui-même un renouveau : signes, métamorphose


Comme Orphée, Éléonore Deshayes charme arbres, cascades, vents et rochers pour en restituer l'immanence. La distance qui nous sépare de l'ineffable n'a jamais été aussi ténue.

"L'influence des chataîgniers" ne propose pas un monde à mesurer mais un monde à respirer.

 

 Cette œuvre météore est un enchantement.

C'est une œuvre magique : de l'ordre de la wicca.

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Sa peinture est constituée d'entrechocs complices

Éléonore Deshayes arpente le monde pour y puiser les éléments constitutifs de son art. Mais elle ne se contente pas d'une simple transposition de la réalité car elle cherche avant tout à en reproduire sa distension poétique.

Éléonore Deshayes - Paysage n°2 Paysage N°2

Huile sur toile 150x200cm

Sa peinture est constituée d'entrechocs complices, entre composite et mélange orchestré, rêves et souvenirs photographiques, spéculation et immuable. Elle crée ainsi des symphonies picturales à la fois mystérieuses et familières qui s'articulent harmonieusement autour de mouvements joints ou disjoints.

 

Éléonore Deshayes - Presqu'île Presqu'île

 Huile et Pastel sur toile 100x200cm

 

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Des poésies flottantes

Ses  "poésies flottantes", comme elle les nomme, sont plus qu'étonnantes dans la production mainstream de l'art contemporain. Et si on tend bien l'oreille devant un tableau comme  "Mycota" on  entend au loin monter le chant des bergers d'Arcadie.

 

Éléonore Deshayes - Mycota MYCOTA

 Huile sur toile 92x73cm