Les paysages inouïs d'Éléonore Deshayes

 

"Ce que je désire, c'est un coin de moi-même encore inconnu"

- Paul Gauguin -

 

Ce coin tant désiré, Éléonore Deshayes nous le montre.

Il est enfin là, bel et bien là devant nos yeux !

 

Éléonore Deshayes remet les choses à leur juste place dans ses paysages en réalisant en quelque sorte à sa manière le "quad natura relinquit imperfectum, ars perficit " des alchimistes - (ce que la nature laisse incomplet, l'art le parfait").

 

Ses paysages inouïs sont ainsi recomposés, augmentés puis transcendés

d'une pointe de naïveté ("La naïveté, qui est la domination du tempérament dans la manière, est un privilège divin" - Baudelaire). Elle rajoute au fameux concept de la Nature naturée/naturante celui de la nature désirée.

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Des paysages inouïs

nés d'un assemblage fictionnel, savant et inspiré.

 

Éléonore Deshayes moissonne des parcelles d'univers

pour construire des épisodes paysagers inouïs.

Nés d'un assemblage fictionnel, savant et inspiré,

ils semblent néanmoins exister de toute éternité.

 

Si son art se rattache par filiation au genre "paysage",

il prend sa source bien en amont, avant que le genre

ne se désenchante au nom de la reproduction à l'identique,

de la perspective reine, bref, avant que l'art du paysage tourne le dos

à l'émerveillement.

 

 

Lettre de Paul Gauguin à Émile Schuffenecker, août 1888. "Un conseil : ne copiez pas trop d'après nature. L'art est une abstraction : tirez-la de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qu'au résultat".

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 Éléonore Deshayes fait d'abord du paysage un objet onirique.

 

Son art procède avant tout de l'enchantement. Éléonore Deshayes à une approche rêveuse de la nature. Et si elle procède à une recomposition stratigraphique de l'espace c'est pour échapper à l'ankylose de la stricte tridimensionnalité. Elle dépasse ainsi le simple empilement industrieux des choses en y ajoutant la dimension d'un arrière-monde.

 

 

Elle ignore les horizons usés et balisés du réel.

 

Son art cousine avec celui des Nabis.

 

Éléonore Deshayes fait la part belle à une allégorie naturelle qui ne s'encombre pas de visées superfétatoires. Elle a pour ambition principale de donner à voir et pour cela

elle ignore les horizons usés et balisés du réel pour créer une autre réalité.

 

Avec ses paysages on glisse dans une autre dimension.

Elle propose, comme dans l'univers perplexe et poétique de l'écrivain Jorge Luis Borges, de nombreuses pistes spéculatives. Á l'instar du monde de Borges, le sien est également fait de juxtapositions, de superpositions d'états, de croisements inattendus.

 

Son art se situe quelque part entre magie créative et réalisme recomposé.

 

Certes, ses paysages sont fabriqués, irréels, inédits (ils semblent d'ailleurs parfois flotter comme des mirages), mais ils sont toujours néanmoins possibles, car ils gardent toujours en eux la subtile et indélébile trace d'une douce réminiscence. Ils sont parfois visités par des personnages discrets. Une petite chose est forcément la mesure des grandes choses. Mais l'étalonnage n'est pas le propos de la peinture d'Éléonore Deshayes, seul sa possibilité en tant qu'interrogation importe.

 

 Elle pratique également avec une grande réussite le dessin. Ses travaux à l'encre sur plaque de polypropylène sont hypnotiques.

 

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Analyse d'une œuvre  : "L'influence des chataîgniers"

 

L'influence des châtaigniers - Huile et mine de plomb 104x65 cm

Cette œuvre est une sorte d'élégie adressée  à la nature.

 

Au premier plan, le dessin oscillographique d'une chute d'eau électrise le tableau. On fait le rapprochement avec les estampes des grands maîtres japonais. À l'arrière de la peinture, par la grâce d'un crayonné délicat et précis, souffle le vent. Un vent céleste. Comme une fugue de Bach. Il courbe les branches d'un groupe de châtaigniers. Le souffle qui agite le feuillage des arbres n'est pas consubstantiel au tableau, il vient de l'extérieur. Indéniablement, c'est un vent Paraclet. À l'avant, sur le côté gauche, un foisonnement buissonnant se renfle en une sombre masse animale.

Ce tableau est une image élégiaque, vibrante et vivante. Une ode à la nature comme chez Rainer Maria Rilke :


Or, un arbre monta,  pur élan, de lui-même.
Orphée chante ! Quel arbre dans l’oreille !
Et tout se tut. Mais ce silence était
lui-même un renouveau : signes, métamorphose

 

ou chez Victor Hugo (Les Contemplations - Ce que dit la bouche d’ombre) :

 

Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Écoute bien. C’est que vents, ondes, flammes
Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

 


Comme Orphée, Éléonore Deshayes charme arbres, cascades, vents et rochers pour en restituer l'immanence. La distance qui nous sépare de l'ineffable n'a jamais été aussi ténue.

"L'influence des châtaigniers" ne propose pas un monde à mesurer mais un monde à respirer.

Cette œuvre est une élégie amoureuse au monde. Une sorte de wicca picturale.

 

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Éléonore Deshayes - Paysage n°2 Paysage N°2 - Huile sur toile 150x200cm

 

 

Sa peinture est constituée d'entrechocs complices

Sa peinture est constituée d'entrechocs complices. Elle crée avec des symphonies picturales à la fois mystérieuses et familières.

 

Éléonore Deshayes - Presqu'île Presqu'île - Huile et Pastel sur toile 100x200cm

 

 

 

Des poésies flottantes

Ses  "poésies flottantes", comme elle les nomme, sont plus qu'étonnantes dans la production mainstream de l'art contemporain. Et si on tend bien l'oreille devant un tableau comme  "Mycota" on  entend au loin monter le chant des bergers d'Arcadie.

 

Éléonore Deshayes - Mycota MYCOTA - Huile sur toile 92x73cm