Éléonore Deshayes

 

" L'homme cherche tout naturellement autour de lui

le paysage intérieur qu'il porte en soi " -  Etty Hillesum.

"Ce que je désire, c'est un coin de moi-même encore inconnu" - Paul Gauguin

 

Ce paysage, ce coin de nous-mêmes, Éléonore Deshayes nous le montre.

Plus besoin de le chercher, il est là, bel et bien là devant nos yeux, étonnant, surprenant.

Les créations de cette artiste sont fécondées par une pointe de naïveté transcendante.

Elles deviennent ainsi pleinement accessibles à nos sens :

 

"la naïveté, qui est la domination du tempérament dans la manière, est un privilège divin" - Baudelaire.

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Des paysages nés d'un assemblage fictionnel savant et inspiré.

 

Éléonore Deshayes moissonne des parcelles d'univers pour construire des épisodes paysagers qui semblent exister de toute éternité. Son art résolument contemporain qui se rattache par filiation lointaine aux grands paysagistes classiques comme Pierre-Henri de Valenciennes ou Simon Denis, évolue dans le libre sillage des Nabis .

 

Mais Éléonore Deshayes ignore avant tout les horizons usés et trop balisés du réel.

 

Nés d'un assemblage fictionnel, savant et inspiré, ses paysages nous plongent dans une autre dimension. Ils sont, à leurs manières, semblables à l'univers perplexe et poétique de Jorge Luis Borges : ils racontent le monde métaphoriquement tout en offrant à l'esprit de nombreuses pistes spéculatives possibles.

 

Les frères Goncourt ont dit au sujet d'un tableau de Jean-Baptiste Siméon Chardin qu'à un certain moment « la peinture se lève » et suscite alors une véritable émotion.

 

On peut dire de la peinture d' Éléonore Deshayes qu'elle "s'ouvre" sur

un ailleurs séquencé en moments de grâce.

 

Son art se situe quelque part entre réalisme magique, réalisme merveilleux et réalisme tout simplement recomposé.

 

Certes, ses paysages sont fabriqués, irréels, inédits ( ils semblent flotter comme des mirages) mais ils sont néanmoins possibles car ils gardent toujours en eux la subtile et indélébile trace d'une douce réminiscence. Ils sont parfois visités par des personnages discrets, comme-ci une petite chose pouvait être la mesure de toute chose.

 

 Elle pratique également avec une grande réussite le dessin. Ses travaux à l'encre sur plaque de polypropylène sont particulièrement remarquables et hypnotiques.

 

Sa peinture parfois ruisselle. Les banderilles juteuses participent pleinement à l'encodage initial généré par l'agencement et le décalage des strates. Mais la dimension technique et narrative est presque subsidiaire dans sa peinture, l'offrande d'une régénérescence métaphysique est sûrement sa première raison d'être.

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ANALYSE d'une œuvre : "L'influence des châtaigniers" 

 

L'influence des chataîgniers

Huile et mine de plomb 104x65 cm

Au premier plan de ce tableau, le dessin oscillographique de la chute d'eau irrigue par ses lignes précises la surface du tableau à la manière des grands maîtres japonais de l'estampe. Au loin, on devine la brise qui souffle dans le feuillage d'un groupe de châtaigniers : probablement un vent paraclet. Sur le côté gauche une profusion de feuilles se renfle en masse sombre et animale.

Ce tableau est une image élégiaque, vibrante et vivante, une ode à la nature comme chez Rainer Maria Rilke :


Or, un arbre monta,  pur élan, de lui-même.
Orphée chante ! Quel arbre dans l’oreille !
Et tout se tut. Mais ce silence était
lui-même un renouveau : signes, métamorphose


Comme Orphée, Éléonore Deshayes charme arbres, cascades, vents et rochers pour en restituer l'immanence. La distance qui nous sépare de l'ineffable n'a jamais été aussi ténue.

"L'influence des chataîgniers" ne propose pas un monde à mesurer mais un monde à respirer.

 

 Cette œuvre météore est un enchantement.

C'est une œuvre magique. De la wicca.

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Sa peinture est constituée d'entrechocs complices

Éléonore Deshayes arpente le monde pour y puiser les éléments constitutifs de son art. Mais elle ne se contente pas d'une simple transposition de la réalité car elle cherche avant tout à en reproduire sa distension poétique.

Éléonore Deshayes - Paysage n°2 Paysage N°2

Huile sur toile 150x200cm

Sa peinture est constituée d'entrechocs complices, entre composite et mélange orchestré, rêves et souvenirs photographiques, spéculation et immuable. Elle crée ainsi des symphonies picturales à la fois mystérieuses et familières qui s'articulent harmonieusement autour de mouvements joints ou disjoints.

 

Éléonore Deshayes - Presqu'île Presqu'île

 Huile et Pastel sur toile 100x200cm

 

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Des poésies flottantes

Ses  "poésies flottantes", comme elle les nomme, sont plus qu'étonnantes dans la production mainstream de l'art contemporain. Et si on tend bien l'oreille devant un tableau comme  "Mycota" on  entend au loin monter le chant des bergers d'Arcadie.

 

Éléonore Deshayes - Mycota MYCOTA

 Huile sur toile 92x73cm